Dans les pas des vignerons de Provence Verte : cultiver sans épuiser

31 août 2025

Pourquoi l’environnement est-il une priorité pour les vignerons de Provence Verte ?

Entre Var et Bouches-du-Rhône, la Provence Verte s’étend sur près de 60 000 hectares, dont près d’un tiers consacrés à la vigne (provenceverte.fr). Ce territoire, émaillé de villages perchés et de forêts de pins, façonne plus que des paysages : il impose une agriculture en équilibre perpétuel avec le vivant. Les vignerons sont les premiers témoins de l’érosion des sols, des pénuries d’eau, de la chute de la biodiversité. Pour eux, préserver l’environnement n’est plus une option : c’est une question de survie de leur métier et du goût même des vins.

  • Une région pionnière : Avec près de 7 000 hectares de vignes conduites en bio, la Provence fait figure de locomotive nationale (source : Agence Bio).
  • Un climat sous tension : Sécheresses et épisodes caniculaires se sont multipliés depuis les années 2000, bouleversant les cycles de la vigne et menaçant les ressources hydriques.
  • Biodiversité en déclin : Entre 1990 et 2010, 30 % des espèces d’oiseaux observées dans les vignes du sud de la France ont disparu (CNRS).

Comprendre comment les vignerons de Provence Verte adaptent leurs pratiques, c’est aussi saisir la fragilité et l’incroyable vitalité de ce terroir.

Viticulture biologique et agroécologie : remettre le vivant au centre

Si le chant du tractoriste au petit matin est plus discret, celui du merle, du lombric et du genêt est revenu habiter les rangs de nombreuses propriétés. Depuis la fin des années 2010, la conversion vers la viticulture biologique s’est accélérée en Provence Verte : près de 32 % de la surface viticole est aujourd’hui certifiée ou en conversion, soit le double de la moyenne nationale (Agence Bio, 2023).

Viticulture bio : exigences et résultats

  • Interdiction des pesticides de synthèse : Seuls le cuivre, le soufre et certaines préparations naturelles sont autorisés.
  • Règles strictes d’irrigation : Pour faire face à la sécheresse, les vignerons bio doivent concilier restrictions d’eau et maintien des rendements.
  • Sol vivant : Favorisation de la vie microbienne et de la faune du sol, avec des enherbements contrôlés entre les rangs (plus de 60 % des vignerons bio en Provence Verte pratiquent l’enherbement spontané ou semé).

Une étude menée en 2022 par la Chambre d’agriculture du Var (var.chambre-agriculture.fr) a révélé que les sols travaillés en bio contiennent en moyenne 15 % plus de matière organique et 25 % de vers de terre supplémentaires que les sols conventionnels. Ce retour du vivant, loin d’être un simple slogan, nourrit la résistance naturelle de la vigne aux maladies, accroît la résilience en cas de sécheresse, amplifie la palette d’arômes.

Agroécologie : aller plus loin que le label

Pour certains vignerons, la certification bio ne suffit pas. Ils s’engagent dans une démarche agroécologique plus complète :

  • Mise en place de haies champêtres pour favoriser les prédateurs naturels des nuisibles.
  • Installation de nichoirs à chauve-souris et mésanges, qui a permis de diviser par deux l’usage du cuivre dans certains domaines (source : Terra Vitis).
  • Association de cultures : quelques vignerons expérimentent l’introduction de légumineuses ou de céréales entre les vignes pour fixer l’azote et enrichir le sol.

Économie de l’eau et adaptation à la sécheresse

C’est l’or bleu provençal. Dès la mi-juin, l’angoisse est palpable dans les villages vignerons : ici, 80 % des exploitations doivent composer avec un déficit hydrique chronique (source : Chambre d’Agriculture du Var).

Pour préserver la ressource, la Provence Verte a vu naître plusieurs innovations :

  • Paillage naturel des sols : Utilisation de broyats de sarments et d’écorces qui réduisent l’évaporation et gardent l’humidité de la terre.
  • Sondes tensiométriques : Plus de 120 domaines en Provence Verte sont équipés de capteurs, afin d’irriguer uniquement lorsque le stress hydrique est avéré, réduisant ainsi de 30 % l’usage de l’eau dans certaines parcelles (Chambre d’agriculture du Var, 2022).
  • Variétés anciennes et porte-greffes résistants : Sélection de cépages rustiques, comme le tibouren ou le rolle, mieux adaptés aux étés brûlants.

« On apprend à laisser la vigne se débrouiller, à lui redonner une certaine autonomie face à la sécheresse », témoigne Sophie, vigneronne à La Celle. Sa parcelle autrefois irriguée ne reçoit plus que la pluie, mais l’enherbement et les paillages créent un microclimat protecteur.

Préserver la biodiversité : des refuges pour la faune et la flore

Le retour de la biodiversité, à la façon d’une toile patiemment retissée, est l’une des grandes conquêtes silencieuses des vignerons engagés en Provence Verte. Les chiffres parlent : sur le bassin méditerranéen, 70 % des espèces d’insectes pollinisateurs fréquentent les parcelles bio ou enherbées, contre moins de 35 % pour les parcelles labourées et désherbées (ACTA, 2021).

  • Conservation des vieilles pierres : Les murets et restanques servent de micro-habitats pour lézards, hérissons et pollinisateurs.
  • Parcelles en friche volontaire : Certains domaines laissent volontairement des zones non cultivées, véritables réservoirs pour oiseaux, papillons et orchidées sauvages. Le Château Régusse, près de Rians, a recensé plus de 30 espèces de papillons sur ses marges boisées depuis l’arrêt des traitements chimiques.
  • Élevage en agro-pastoralisme : L’introduction de petits troupeaux de brebis dans les vignes au printemps (pratique revenue depuis une quinzaine d’années) permet à la fois limitation de l’herbe et fertilisation naturelle.

L’observation du retour des abeilles noires, espèce menacée, dans les ruchers installés près des domaines bio, a été confirmée par l’association « Abeilles et Biodiversité » (2022) : elles sont deux fois plus nombreuses sur les parcelles à faible usage de phytosanitaires.

Des initiatives collectives et certifications pointues

La force des vignerons de Provence Verte tient aussi dans la solidarité. Face à des enjeux qui dépassent l’échelle de l’exploitation, beaucoup s’organisent collectivement :

  • Groupements d’achat de matériel de traitement à faible dose : Pour limiter les résidus, 350 vignerons du réseau « EcoPhyto Provence » se sont équipés de pulvérisateurs à récupération, divisant par trois la dérive des produits.
  • Zones de non-traitement : Des conventions signées avec les communes instaurent des zones tampons sans traitement chimique à proximité des écoles et des zones habitées.
  • Certifications supplémentaires : Labels « Haute Valeur Environnementale » (HVE), « Terra Vitis », ou conversion dynamique vers le label Demeter pour la biodynamie, qui implique des audits annuels et la mise en place de pratiques encore plus exigeantes.

La proportion de domaines labellisés HVE en Provence Verte a ainsi bondi de 15 % à 37 % entre 2018 et 2023 (Ministère de l’Agriculture).

Un défi humain : la transmission et l’accueil

L’engagement environnemental se transmet aussi à travers l’accueil des visiteurs et la pédagogie envers les nouvelles générations. Plus de 60 vignerons de la Provence Verte organisent aujourd’hui des balades commentées où ils expliquent les enjeux de la biodiversité locale, la gestion de l’eau et montrent les effets concrets de leurs pratiques sur la nature environnante.

  • Ateliers pour scolaires : Sensibilisation aux cycles de la vigne, observation de la faune et dégustations raisonnées d’eaux aromatisées (“le goût du terroir, version junior”).
  • Journées “Vigne ouverte” : Évènements annuels où se rencontrent grand public, naturalistes et vignerons autour de l’agroécologie.

Ces initiatives renforcent le lien entre terroir, culture locale et respect de l’environnement. Elles participent à ancrer, avec humilité, la viticulture dans une démarche de créativité et d’adaptation permanente.

Vers un vignoble résilient et créatif

Loin du cliché d’un vignoble figé dans ses traditions, la Provence Verte révèle son innovation discrète et son profond attachement au vivant. Les chiffres peuvent donner le vertige : 67 % des domaines ont réduit d’au moins 40 % leur utilisation de produits phytosanitaires en dix ans, et les expérimentations écologiques se multiplient, des couverts végétaux à l’agroforesterie.

Chaque décision technique, chaque geste saisonnier traduit aujourd’hui une recherche de cohabitation entre l’homme, la vigne et l’ensemble du vivant. Si l’équilibre est fragile, l’espoir demeure vivace : celui d’un terroir préservé, d’une agriculture nourricière et d’une convivialité retrouvée autour du vin, dans la beauté simple et généreuse de la Provence Verte.

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