Dans les pas de la jeune génération : quand la Provence Verte s’invente au présent

27 août 2025

Réinventer la viticulture : Pratiques écologiques et terroir vivant

Impossible de parler des jeunes vignerons sans évoquer leur obsession : rendre la terre plus vivante qu’ils ne l’ont trouvée. Les mots « agroécologie », « sols vivants », « permaculture » s’invitent dans toutes les conversations.

  • Approches bio et biodynamiques en pleine expansion : Depuis 2019, près de 45% des nouveaux installations dans le vignoble varois démarrent leur activité directement en agriculture biologique ou en conversion (Source : Agence Bio 2022). Les longues rotations de cultures, le retour à des cépages oubliés, les enherbements naturels entre les rangs… tout invite à retrouver l’équilibre initial.
  • Des micro-vignobles, laboratoire de la diversité : Nombre de jeunes vignerons privilégient de petites surfaces : moins de 10 hectares dans plus de la moitié des créations récentes, selon FranceAgriMer, pour expérimenter sur leurs propres parcelles. Le Domaine des Terres Promises (La Roquebrussanne) fait ainsi cohabiter moutons, ruches et vieilles vignes.
  • Le retour de la biodiversité : Marguerites, herbes folles et haies champêtres réapparaissent entre les souches. On réinstalle les abris à chauve-souris pour lutter naturellement contre les parasites, et la lutte biologique (pièges à phéromones, confusion sexuelle) remplace les traitements chimiques.

Dans ce sens, la Provence Verte devient un terrain d’expérimentation où se croisent jeunes diplômés d’écoles d’agronomie, anciens œnologues reconvertis, fils et filles d’agriculteurs ou néo-vignerons venus d’autres horizons. Ce brassage nourrit l’audace et la créativité, autant que le respect du passé.

Innovation et créativité : Nouvelles façons de faire (et de penser) le vin

Le vent de fraîcheur souffle jusque dans les chais. À l’heure où d’autres régions misent sur la tradition, les jeunes producteurs du cœur du Var s’ouvrent à l’expérimentation, souvent inspirés de rencontres et de voyages.

  • Des vinifications alternatives : De plus en plus de domaines osent créer des cuvées sans sulfites ajoutés, des vins naturels ou des élevages en amphores, en jarres de grès – un clin d’œil à l’Antiquité qui, à Correns, fait des émules (voir Domaine Les Terres d’Héspérides, Le Monde, 2022).
  • Des cépages réhabilités : La sauvegarde d’anciennes variétés passe aussi par leur remise en lumière. On cueille à nouveau du tibouren, du caladoc, ou du carignan gris, moins productifs mais riches en caractère et adaptés au changement climatique. Selon l’IFV Sud-Est, la surface de cépages dits "résistants" a augmenté de 14% entre 2020 et 2023 rien que dans le centre Var.
  • Le design du vin, la forme au service du fond : Les bouteilles colorées, étiquettes illustrées par des artistes locaux fleurissent sur les étals. Mais cette esthétique, loin d’être gadget, incarne souvent une réflexion aboutie sur l’identité propre du domaine.

La profusion d’essais n’est pas sans risques – certains vins étonnent, d’autres divisent – mais la Provence Verte montre que « rater, c’est avancer », à condition de le faire avec sincérité.

L’oenotourisme repensé : vivre le vignoble autrement

La jeune génération ne se contente pas de cultiver la terre : elle en fait aussi un espace d’accueil, de partage, d’expérience sensorielle. Sur la route des villages perchés et domaines familiaux, les initiatives se multiplient pour ouvrir l’univers du vin au plus grand nombre.

  • Des expériences à taille humaine : Depuis 2020, plusieurs domaines proposent des ateliers guidés par les vignerons eux-mêmes : balades botaniques, ateliers d’assemblage, dégustations les pieds dans l’herbe, ou soirées concerts autour d’un fût (cf. Maison des Vins Coteaux Varois-en-Provence). On privilégie la convivialité et l’authenticité.
  • Des hébergements au cœur des vignes : De Brignoles à Cotignac, les lodges en bois, cabanes perchées ou maisons d’hôtes éco-conçues fleurissent. Ce tourisme lent séduit une clientèle plus jeune, adepte du slow travel (Atout France, 2023).
  • Digitalisation et traçabilité : Cartes interactives, podcasts, comptes Instagram qui racontent les saisons… Les outils numériques favorisent la transparence : on suit la parcelle, le cépage, la météo, la vendange presque en temps réel.

Ces projets dynamisent la Provence Verte, attirant en 2022 plus de 100 000 visiteurs sur la haute saison selon l’Office de Tourisme Provence Verte & Verdon, +25% de hausse en cinq ans, portée principalement par les nouveaux domaines ouverts à l’accueil.

Face à l’urgence climatique et aux défis sociaux : solidarité, adaptation, audace

Le Var a vu la sécheresse frapper fort l’été 2022, avec des précipitations inférieures de 68% à la normale en juillet–août (Météo France). La jeune génération ne ferme pas les yeux : elle engage des transformations concrètes, parfois radicales.

  • Gestion responsable de l’eau : Micro-bassins de récupération, systèmes de goutte-à-goutte connectés, enherbement permanent et paillage limitent l’évaporation et l’érosion. Le collectif « Vignerons du Réveil Vert » forme et accompagne chaque année des exploitants à l’économie hydrique.
  • Mutualisation et entraide : Le gel dévastateur de 2021 a vu naître des réseaux d’entraide via WhatsApp ou des plateformes locales (cf. « Solidarité Vigneronne » de la Chambre d’Agriculture du Var). On partage l’entraide de la taille à la vendange, matériel, main d’œuvre et savoir-faire.
  • Engagement social : Plusieurs domaines rémunèrent équitablement les saisonniers et investissent dans la formation, la montée en compétence. On voit apparaître, à l’image du Domaine de La Mongestine, des plans d’insertion professionnelle et de reconversion agricole, notamment pour des profils en difficulté.

Cette solidarité réconcilie l’esprit collectif, méfiant des individualismes, avec l’exigence écologique. Les jeunes vignerons redessinent le métier : moins de concurrence féroce, plus de liens tissés et d’objectifs partagés face à des défis qui n’épargnent personne.

Le retour aux racines, ou l’art d’inventer à partir du passé

Par-delà l’innovation ou l’éco-responsabilité, une filiation discrète s’invite dans bien des histoires de vignes : celle du retour à une sagesse ancienne, remise au goût du jour. Ici, la jeunesse ne renie pas le legs de ses aînés ; elle le questionne, l’adapte, le transmet.

  • Transmission intergénérationnelle : Les nouvelles générations reviennent sur les traces de leurs parents ou grands-parents – pour leur demander conseil, leur apprendre à faire différemment. Le partage du geste, du goût, du lot, du mot juste, réapparaît comme un enjeu majeur de la continuité agricole.
  • Patrimoine matériel et immatériel : On restaure d’antiques bâtisses, on rouvre d’anciens canaux d’irrigation, on réhabilite les restanques et les murs en pierre sèche – autant d’éléments du paysage travaillé à la main. On évoque la mémoire du lieu dans chaque cuvée, on donne aux vins le nom d’une aïeule ou d’un lieu-dit oublié.
  • Ouverture sur le monde : Beaucoup partent, à la fin des études, découvrir d’autres terroirs (Espagne, Italie, Amérique du Sud…), avant de revenir s’ancrer au pays, forts de nouvelles compétences et d’une conscience élargie des enjeux mondiaux du vin.

Ce retour aux racines n’exclut pas la modernité, bien au contraire : il la nourrit, l’enracine, pour répondre aux attentes d’un public plus exigeant, local ou voyageur.

Un territoire en mouvement, un avenir ouvert

La Provence Verte n’échappe pas aux incertitudes du monde. Mais elle vibre à l’unisson de ses jeunes vignerons, entre énergie vitale, créativité désarmante et recherche d’authenticité. Ces nouveaux venus parlent moins marketing, plus terroir, moins rendement, plus biodiversité. Ils savent que les enjeux sont multiples – économiques, climatiques, humains – et que rien n’est jamais gagné d’avance.

Il faut arpenter les coteaux au printemps, humer les senteurs de garrigue, entrer en conversation avec celles et ceux qui font le vin aujourd’hui pour ressentir ce souffle de renouveau, inimitable et nécessaire. Entre laboratoire éco-responsable et bastion vivant d’un art de la terre, la jeune génération signe là une nouvelle page de la Provence Verte – à découvrir, à soutenir, à célébrer.

Sources principales : Agence Bio, Office de Tourisme Provence Verte & Verdon, FranceAgriMer, IFV Sud-Est, Chambre d’Agriculture du Var, Atout France, Le Monde, Observatoire Régional de la Viticulture, Météo France.

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