Des gestes millénaires au cœur du vignoble
La taille en gobelet : une chorégraphie provençale
Dans nombre de domaines de Provence Verte, la taille dite en « gobelet », vieille de plus de deux millénaires, est toujours de mise. Cette pratique, déjà utilisée sous l’Empire romain, consiste à émonder la vigne de façon à ce qu’elle prenne la forme d’un candélabre naturel, préservant chaque année juste ce qu’il faut de bois fruitier pour équilibrer vigueur et rendement. Pourquoi préserver cette taille manuelle, face aux avantages apparents de la mécanisation ?
- Adaptation au climat sec : L’absence de palissage protège les souches du vent et du soleil brûlant, permettant de limiter l’évaporation (source : Institut Français de la Vigne et du Vin).
- Préservation de la biodiversité : La densité de plantation en gobelet favorise la faune du sol et la circulation de l’air, réduisant les traitements fongicides.
- Transmission orale : Le geste parfait se transmet en silence, de maître à apprenti, à la lueur froide des matinées d’hiver.
Ce style de taille, minoritaire à l’échelle nationale, fait la fierté de certains hameaux du Haut-Var, à l’instar du domaine des Annibals qui cultive, entre Brignoles et Correns, la tradition du gobelet pour ses vieux grenaches centenaires.
La culture des cépages anciens : un trésor retrouvé
La Provence Verte fut longtemps le jardin d’une mosaïque de cépages adaptés à chaque recoin du relief : carignan, tibouren, ugni blanc, cinsault, caladoc… Mais la modernisation du vignoble, dans les années 1960-80, a failli faire disparaître nombre de ces variétés jugées « mineures ». Depuis une dizaine d’années, des vignerons tels que ceux de Château La Calisse ou du Clos de l’Ours, à Cotignac, mènent de véritables travaux d’archéologie végétale : greffage de ceps sur pied franc, replantation de serine (ancienne syrah) ou de rolle, clonage conservatoire, etc.
- Valorisation de l’identité locale : Les vins issus de cépages patrimoniaux conservent une signature aromatique unique, gage d’authenticité face à la standardisation des goûts.
- Résilience climatique : Certains anciens cépages, comme le caladoc ou le tibouren, offrent une résistance naturelle à la sécheresse ou à certaines maladies (source : INRAE).
- Réintégration via des collectifs : Des associations, telles que Les Cépages Rares en Provence, recensent, partagent et accompagnent techniquement le retour de ces variétés délaissées.