Les racines du vignoble : gestes, mémoire et transmission
Dans la lumière dorée de la Provence Verte, les vignes dessinent de petits mondes où chaque pied raconte une histoire. Ici, la tradition n’est pas un mot figé : elle se murmure au fil des rangs, dans le bruissement des sarments, dans les mains tannée des femmes et des hommes qui soignent la terre. Beaucoup de domaines actuels se transmettent de génération en génération — parfois depuis la Révolution française, parfois, plus modestement, depuis l’après-guerre lorsque la Provence a repris racine à l’écart du tumulte. Le Syndicat des Vins de Coteaux Varois cite plus de 80 domaines familiaux pour cette seule appellation (source : Vins Coteaux Varois en Provence).
Les gestes, souvent appris sur le motif auprès d’un parent, semblent à peine avoir changé : taille douce au sécateur, vendanges à l’aube pour éviter la chaleur, macération en cuves de béton plutôt qu’en inox pour certains rouges, débouchage du pressoir manuel… Certaines propriétés, à l’image du Château Margüi ou du Domaine des Annibals, revendiquent l’usage d’outils anciens — pressoirs à cliquet, cuves en bois rapiécées — autant par conviction que par hommage à ceux qui les ont précédés.
- La vendange manuelle reste défendue pour près de 24% des surfaces dans le Var (source : FranceAgriMer 2023), contre une moyenne nationale tombée sous les 16%.
- Les cépages autochtones comme le Rolle, le Tibouren ou le Mourvèdre reprennent vigueur sous l’effet d’un retour à l’identité locale.
- Les fêtes de la Saint-Vincent et cérémonies de bénédiction témoignent encore de ce lien fort avec le passé.
Mais cette fidélité n’est pas repli : la tradition ici, c’est aussi la capacité d’adaptation inscrite dans la culture locale. Le gel, la sécheresse, le phylloxéra jadis ont toujours obligé à recomposer, à innover par nécessité. La modernité n’entre pas comme un corps étranger mais comme une suite logique du souci de préserver.