Les défis contemporains : renouveler sans trahir
Transmettre, c’est garder une flamme vivante au fil des années. Mais aujourd’hui, entre la tentation de la modernisation, la pression économique et la soif de sens des nouvelles générations, la question prend une résonance nouvelle.
Le retour des enfants prodigues
Si jadis, reprendre l’exploitation familiale allait presque de soi, la tendance a connu un inflexion dans les années 1980-90 : un grand nombre de jeunes préféraient poursuivre des études en ville ou s’orienter vers d’autres secteurs (source : INSEE). Mais depuis la fin des années 2010, un phénomène de retour aux sources s’observe : selon l’IFV (Institut Français de la Vigne), près de 41 % des repreneurs dans le Var n’ont pas effectué tout leur parcours dans le secteur viticole. Ils reviennent avec un bagage nouveau : gestion, communication, œnologie moderne, développement durable…
À Carcès, Céline, après dix ans dans le marketing à Marseille, reprend le domaine familial : elle digitalise les ventes, crée des ateliers d’œnotourisme et développe la conversion en bio, là où son père transmettait, avant tout, l’attachement à la terre. Le défi n’est pas de conserver à l’identique, mais d’incarner autrement la mémoire du lieu, en l’adaptant.
Des transitions vertes, souvent familiales
La Provence Verte est l’un des territoires pionniers pour la conversion en agriculture biologique. Près de 30 % du vignoble est aujourd’hui conduit en bio ou en conversion, contre 17,3 % pour l’ensemble du vignoble français (source : Agence Bio, 2023). Dans la plupart des cas, c’est lors du passage de témoin générationnel que ces ruptures ont lieu.
- Les aînés transmettent le goût du sol, le respect du climat, la connaissance du cycle de la vigne.
- Les jeunes poussent plus loin la réflexion : agroécologie, biodynamie, limitation des intrants, replantation de cépages autochtones oubliés.
Cela questionne aussi la transmission elle-même : comment respecter l’expérience alors que le monde du vin s’invente de nouveaux gestes ? Les débats familiaux, parfois vifs, sont devenus moteurs de changement. Il n’est pas rare d’observer trois générations à l’œuvre : les grands-parents gardiens des mémoires, les parents chefs d’orchestre, et les jeunes têtes chercheuses.