Trésors oubliés : anecdotes et témoignages du terrain
Au détour de chaque colline, un pan de ce récit se murmure encore. À Saint-Julien, un vigneron, arrière-petit-fils des « greffeurs », raconte : « Ils faisaient des kilomètres à pied vers Barjols ou Carcès avec deux outils, une scie, et beaucoup de courage. Certains sont morts de faim ou de fatigue, mais l’espoir de voir les ceps revivre était plus fort que la peur ! »
En feuilletant les archives familiales du Domaine de la Gayolle, près de La Celle, on découvre la facture de 480 francs — somme colossale à l’époque — pour l’achat de 1000 porte-greffes en 1889. Parfois, le greffage échouait et il fallait tout recommencer, en priant que la sécheresse ou l’oïdium n’emporte pas ce qui repoussait.
Certains villages, comme Villecroze ou Tavernes, ont même élu des « commissaires à la replantation », chargés de recenser les terres dévastées et d’organiser la solidarité. Même les femmes, tenues à distance de la « vigne » par la tradition, prennent alors part aux replantations, dans un élan qui questionne l’ordre établi. Là se forgent des histoires de transmission, qui donnent aujourd’hui leur caractère unique aux domaines familiaux.
Le retour des cépages oubliés
Grande période d’expérimentation, la crise du phylloxéra a vu aussi disparaître nombre de cépages locaux (comme le Téoulier ou le Tibouren noir). Mais la mémoire ne s’efface pas : dès les années 1980, certains vignerons reconduisent de petites parcelles d’encépagement ancestral, souvent pour des cuvées confidentielles qui murmurent l’ancien goût de la Provence.