Vers la vigne : Récits et réalités des nouveaux vignerons de Provence Verte

26 juillet 2025

L’appel de la vigne : quand la passion prend racine

Devenir vigneron dans la Provence Verte, ce n'est pas simplement choisir un métier, c'est répondre à une voix, parfois discrète, parfois envoûtante, qui vous pousse vers la terre et la lumière. Un choix de vie, un ancrage, un retour aux sources ou un saut dans l’inconnu. Car ici, sur les terres de Brignoles, de Cotignac ou de Saint-Maximin, la vigne est une vieille dame pleine de caprices et d’exigences qui n’offre rien sans engagement. Mais qu’est-ce qui pousse aujourd’hui, en 2024, des femmes et des hommes à revêtir le tablier du vigneron ? Les chemins sont multiples, souvent sinueux, et ils racontent à la fois l’attachement à un territoire et le désir brûlant de produire un vin « juste », respectueux de la nature et des traditions.

Des parcours pluriels, entre héritage et reconversion

Les candidats à la vigne ne viennent plus seulement des familles de viticulteurs installées depuis des générations. On croise de plus en plus d’anciens ingénieurs, de cadres en reconversion, de citadins lassés du béton, de jeunes diplômés ou d’autodidactes passionnés. Selon une étude menée en 2022 par l’Observatoire National des Exploitations Agricoles, 33% des nouveaux porteurs de projet viticole en PACA n’ont aucun ancrage familial agricole (source : Chambre d’Agriculture du Var). Certains, comme Pierre, quittent leur bureau d’architecte à Aix-en-Provence pour l’appel du vivant :

La diversité des profils s’exprime aussi dans la manière d’entrer dans la profession. Ce peut être par :

  • La transmission ou la reprise d’un domaine familial.
  • L’installation à partir de zéro (« hors-cadre familial »), souvent après une formation diplômante.
  • La conversion bio ou biodynamique, pour ceux venus d’autres horizons sensibles à l’écologie.
  • La reprise de friches agricoles ou de petites parcelles en crédit-bail (phénomène en hausse dans le Var).

Formations et apprentissages : les clés pour s’installer

Nul ne naît vigneron. Et si l’apprentissage s’opère beaucoup sur le terrain, il commence souvent sur les bancs d’école. En Provence Verte, plusieurs voies s’offrent à ceux qui rêvent de bottes crottées et de sécateur.

  • Le Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) : accessible aux adultes en reconversion (lycées agricoles de Hyères et Valabre), il offre un tronc commun solide (viticulture, œnologie, gestion).
  • Le BTSA Viticulture-Œnologie : plus technique et destiné aux jeunes diplômés ou à ceux qui visent la direction de chais ou de domaines.
  • Les Certificats de Spécialisation et formations courtes (Chambre d’Agriculture du Var) : taille, conduite de tracteurs, soins aux plantes, conversion bio.

En 2021, près de 47% des nouvelles installations viticoles en PACA se sont faites après une formation diplômante agricole (source : Observatoire Régional de l’Installation en Agriculture). Mais la grande école demeure… la vigne elle-même. Beaucoup débutent comme stagiaire, ouvrier ou « vendangeur curieux » pour comprendre l’alchimie du terroir, puis grimpent les échelons.

L’installation : un parcours du combattant

S'installer vigneron, c’est franchir mille obstacles. Rares sont les terres accessibles à petit prix en Provence Verte : le prix de l’hectare de vigne frôle les 38 000 euros dans le Var, avec de fortes disparités selon les appellations (données SAFER 2023). Beaucoup de jeunes s’orientent alors vers la création ou la reprise de micro-domaines, parfois moins d’un hectare, ou se lancent dans la vinification en naturo-partage, mutualisant cave, outils et savoir-faire.

  • L’accès au foncier reste le premier frein (source : FranceAgriMer).
  • Les prêts bancaires nécessitent un dossier solide et la prévision d’un retour sur investissement sur 10 à 15 ans.
  • Les aides à l’installation des Jeunes Agriculteurs (DJA) offrent jusqu’à 36 000 € selon les situations, un vrai coup de pouce, mais qui exige le respect de nombreux critères.

Le parcours administratif est dense : inscription à la Chambre d’Agriculture, montage du projet, éligibilité aux subventions, démarches auprès de l’appellation (AOC Côteaux Varois ou Côtes de Provence pour la majorité). À cela s’ajoute l’importance du réseau : intégration dans une coopérative, contact avec les vignerons voisins, passage par des associations comme "Vignerons Indépendants" ou "Bio de Provence".

S’engager : une agriculture du vivant, du durable… et de la survie

Être vigneron aujourd’hui, c’est aussi affronter le changement climatique, les caprices de la météo et la pression économique. En Provence Verte, la pluviométrie a baissé de 12% sur les quinze dernières années (Météo France, 2023), les épisodes de sécheresse se multiplient, et le gel d’avril 2021 a réduit de 30% la récolte sur plusieurs exploitations.

  • L’adaptation devient la norme : plantation de cépages plus résistants (tibouren, rolle), développement de l’irrigation d’appoint, recours à l’agroforesterie pour préserver les sols et l’humidité (cf. le collectif “Terres du Var”).
  • La conversion bio ou biodynamique : 42% du vignoble varois est certifié ou en conversion bio, un record national (source : Agence Bio, 2022).
  • Lutte contre la flavescence dorée, nouvelle maladie de la vigne, ou gestion de la cicadelle, exigent connaissances fines et réseau d’entraide.

Cette résistance, les vignerons la puisent aussi dans l’innovation : vinifications sans intrants, cuvées « nature », développement de l’œnotourisme ou des ventes directes. Le modèle “one man show” s’efface devant la synergie des compétences, la mutualisation et l’esprit coopératif.

Portraits de nouveaux vignerons : la Provence Verte en mouvement

Derrière chaque bouteilles, des destins, des visages, des histoires :

  • Lila et Antoine, 29 et 32 ans, ont quitté Marseille pour reprendre une ancienne bastide près de Carcès. « Nos amis pensaient qu’on était fous. On a rénové la cave, planté de vieux cépages oubliés. Nos premiers résultats, on les a bus entre voisins, autour d’une table en bois. »
  • Mathieu, fils de vigneron à Cabasse, a choisi la conversion bio face à l’inquiétude suscitée par les pesticides. « J’ai perdu 15% de rendement les premières années, mais le sol se régénère. Les oiseaux reviennent. C’est la plus belle victoire. »
  • Chiara, native de Milan, passée par Sciences Po, a tout lâché pour s’installer à Tourves : « J’ai travaillé chez trois vignerons du coin avant d’oser me lancer. Mon accent fait sourire mais la terre m’a adoptée, je crois. »

Leur point commun ? Aucun ne regrette ce choix. Tous parlent d’un métier éreintant mais gratifiant, ancré dans la solidarité, où chaque millésime raconte une aventure unique.

L’artisanat, les nouveaux outils et le retour du sens

La Provence Verte, malgré ses paysages de carte postale, se révèle terre d’expérimentation et de savoir-faire. Les nouveaux venus réhabilitent souvent des gestes oubliés : vendanges manuelles à l’aube dans la brume, vinifications dans d’antiques foudres de châtaignier, plantation en sélection massale plutôt qu’en clones standardisés.

Mais l’innovation s’invite aussi dans les caves :

  • Drones pour surveiller l’état sanitaire du vignoble.
  • Applications mobiles pour suivre la maturité des parcelles.
  • Groupes WhatsApp pour prévenir d’un passage de gel ou d’une infestation soudaine.

Ce va-et-vient entre tradition et modernité tisse entre les vignerons un fil invisible : le besoin de sens, d’authenticité, l’envie de transmettre bien plus qu’un simple produit – un morceau d’histoire, une fierté paysanne. Selon la Chambre d’Agriculture du Var, 58% des nouveaux installés valorisent la vente directe ou le tourisme à la propriété, conjuguant artisanat et entrepreneuriat.

Chemins de traverse et nouveaux horizons

On ne devient pas vigneron en Provence Verte « par hasard ». Le parcours est exigeant, semé d’embûches, mais il s’ouvre à tous ceux qui acceptent d’apprendre, de douter, d’évoluer avec la terre. Ces hommes et ces femmes inscrivent leurs pas dans les labours d’hier, mais regardent loin, vers de nouvelles façons de vivre, de produire et d’aimer leur métier. Si la vigne reste une école de la patience et de l’humilité, elle est aussi un formidable levier de rencontres, d’échanges et de résilience.

À travers cet élan, la Provence Verte attire une nouvelle génération de vignerons : créatifs, rêveurs, scientifiques ou néo-paysans, ils réinventent le métier, révèlent la singularité du terroir, et sculptent l’avenir d’une région qui n’a pas fini de surprendre.

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