Femmes en vigne : les vigneronnes qui façonnent la Provence Verte aujourd’hui

7 septembre 2025

Le vent féminin du renouveau viticole en Provence Verte

La Provence Verte cultive son authenticité entre vignes, forêts, villages perchés. Pourtant, cette terre de tradition n’était pas toujours le terrain de jeu des femmes dans la vigne. La mutation s’accélère : en 2022, près de 20 % des chefs d’exploitation viticoles en région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur sont des femmes (source : Agreste, statistiques agricoles 2022). Un chiffre en hausse de 35 % en dix ans, alors même qu’il plafonnait sous la barre des 13 % en 2010.

Ce mouvement n’a rien d’un effet de mode. Il est le résultat de parcours souvent singuliers, entre héritages familiaux assumés ou choix de reconversion. Certaines, d’abord muse ou cheffe d’accueil dans l’exploitation familiale, ont pris la direction de propriétés historiques ; d’autres, venues d’ailleurs, ont tracé leur propre voie sur des terres parfois négligées ou oubliées. Grâce à ce regard renouvelé, la Provence Verte se voit tissée d’histoires féminines et de vins à l’âme singulière.

Portraits de pionnières : celles qui ont ouvert la voie

  • Geneviève Comte, Château La Lieue (Brignoles)

    L’histoire du Château La Lieue, c’est celle de la première exploitation bio de la région, certifiée depuis 1978 — bien avant le grand vent du naturel. Aux commandes, Geneviève Comte a porté, dès les années 1980, la conversion puis l’évangélisation du bio dans le vignoble local, alors que le pari apparaissait fou. Aujourd’hui, autour de son héritage, toute une nouvelle génération s’inspire de son exigence et de son respect de la terre.

  • Béatrice Defrenne, Château Saint-Esprit (Draguignan)

    Ingénieure agronome, Béatrice Defrenne dirige ce domaine familial avec un sens aigu du détail. Sa signature repose sur la réinvention du patrimoine ampélographique. Elle a remis à l’honneur des cépages oubliés du Var comme l’aramon ou le tibouren, apportant une singularité recherchée à ses cuvées.

L’art de la transmission : dynasties et héritages revisités

Nombre de vigneronnes de Provence Verte sont d’abord des filles, petites-filles, arrière-petites-filles de vignerons. Pourtant, leur accession à la tête d’une exploitation n’a rien d’un passage de flambeau ordinaire. Les chiffres sont éloquents : dans la région, près d’un tiers des transmissions familiales dans le secteur viticole intègrent aujourd’hui au moins une femme (source : Chambre d'Agriculture du Var, 2023).

  • Caroline Missoffe, Château des Annibals (Brignoles)

    Caroline Missoffe n’avait rien prédestiné à une carrière entre barriques et terroir, jusqu’au jour où elle revient auprès de l’exploitation familiale après une trajectoire professionnelle dans la culture et la communication, à Paris. Depuis 2001, elle place la biodiversité au cœur de sa réflexion, développant la permaculture au domaine et obtenant le label Haute Valeur Environnementale (HVE) dès 2018. Ses cuvées « Suivez-moi jeune homme » sont devenues emblématiques, et son rouge s’illustre régulièrement dans la sélection du Guide Hachette.

  • Marie-Jeanne Sourbès, Domaine des Annibals

    Elle incarne la mémoire de ce domaine situé à Brignoles, qu’elle a patiemment transmis à la jeune génération en veillant à inscrire la continuité dans l’innovation. Sa passion communicative a attiré de nombreuses femmes en stage puis en poste au domaine, renforçant la présence féminine durablement.

Audace et créativité : la touche unique des vigneronnes d’aujourd’hui

Le vent de liberté qui anime ces femmes bouscule bien souvent les frontières classiques entre tradition et innovation. Nombre d’entre elles revendiquent un style résolument personnel où cohabitent respect du terroir et créativité.

  • Marie Pons, Domaine de l’Anglade (Le Luc)

    A 32 ans, cette jeune vigneronne se distingue par une vinification innovante : amphores toscanes et levures « maison » issues de cultures faîtes sur place. Son rosé, tout en finesse et tension, a été primé aux « Trophées des Vins de Provence » en 2023.

  • Élise Leblanc, Domaine de Gavaisson (Flassans-sur-Issole)

    Après une première vie dans l’ingénierie, Élise Leblanc choisit la Provence Verte pour réaliser son rêve d’enfants : être vigneronne. Son regard extérieur lui permet d’intégrer rapidement les outils de l’agroforesterie et d’introduire des sels minéraux naturels dans l’entretien des sols. Sa cuvée « L’Échappée » propose chaque année une nouvelle expression du terroir, inspirée par la météo et la lune.

Un engagement durable comme fil rouge

Sensible à la fragilité du climat provençal, aux sécheresses répétées et à la baisse des rendements parfois drastique (-25 % en 2022 pour certains domaines, source : France 3 Région), nombre de vigneronnes de Provence Verte font du développement durable un cap non négociable. Leur vision s’exprime par de nombreux chantiers :

  • Conversion progressive au bio ou en biodynamie, avec un taux de domaines certifiés AB en forte croissance (de 7 % en 2010 à plus de 23 % en 2023 sur le territoire Provence Verte, selon Agence Bio).
  • Gestion responsable de l’eau (paillage systématique, réintroduction de haies, récupération des eaux de pluie).
  • Projets de replantation de cépages anciens, moins exigeants en eau, favorisés par des vigneronnes comme Céline Regnier au Domaine du Deffends.
  • Diversification des cultures : oliviers, fruitiers, ruchers, pour renforcer la résilience du domaine.

Leur engagement va aussi au-delà du respect du sol : plusieurs d’entre elles, à l’image de Monique Mauron (Domaine Mauron, Brue-Auriac), participent à des associations rurales locales pour promouvoir la biodiversité et transmettre les savoirs aux scolaires. La transmission devient alors aussi précieuse que la vendange.

De la cave au restaurant : vigneronnes et rayonnement régional

Cette énergie féminine ne s’arrête pas à la vigne. Plusieurs vigneronnes jouent un rôle clef dans la valorisation des vins de Provence Verte auprès des prescripteurs :

  • Anne-Sophie Bérard, Domaine Bérard (Tourves) Sommelière de formation, elle anime régulièrement des ateliers œnologiques dans les restaurants étoilés de la région, y compris à L’Oustau de Baumanière. Ambassadrice vibrante, elle fait dialoguer professionnels et amateurs autour des vins de son paysage.
  • Julie Durant, Vigneronne itinérante Initiatrice de la « Route des Vigneronnes », un parcours oenotouristique unissant plusieurs domaines dirigés ou codirigés par des femmes, elle propose chaque été des événements mêlant dégustations, visites, expositions d’art. Sa volonté : ouvrir la “culture vin” à tous, casser barrières et préjugés genrés.

Solidarité féminine et réseau : l’émergence d’un collectif

Ici, le réseau ne relève pas seulement du soutien ou de la visibilité. Depuis 2017, l’association Femmes Vignes Rhône regroupe plus de 50 vigneronnes de toute la vallée, dont une douzaine issues de la Provence Verte. Leur objectif : partager outils, expériences, astuces mais aussi offrir une écoute, lutter contre l’isolement parfois ressenti dans des territoires ruraux. Chaque année, le Printemps des Vigneronnes attire plus de 1500 visiteurs dans les domaines ouverts pour l’occasion.

Chiffres et perspective : la Provence Verte au féminin, aujourd’hui et demain

  • Près de 30 domaines sont dirigés ou codirigés par une femme dans la seule Communauté d’Agglomération Provence Verte (estimation 2023, source : Chambre d’Agriculture du Var).
  • Sur les récentes promotions de l’Institut Ampeleia (Brignoles), plus de 45 % des diplômés sont des femmes, signe d’une vague montante dans l’œnologie locale.
  • Les vigneronnes de Provence Verte sont à l’origine ou partenaires de plus d’un tiers des fêtes œnotouristiques du territoire (Fête de la vigne et du vin, Printemps des vignerons, etc.).

Vignes en mouvement : regards sur une nouvelle génération

Leur présence n’étonne plus – elle inspire, elle intrigue, elle invite à de nouveaux récits autour du vin. Les jeunes femmes qui rejoignent chaque année le vignoble de Provence Verte, qu’elles soient héritières ou néo-vigneronnes, affichent une volonté farouche de bousculer les codes : attention accrue à la biodiversité, ouverture à la création artistique, mise en réseau, implication dans l’accueil oenotouristique, ateliers pour enfants…

Le mouvement est lancé, la route continue : celle, joyeuse et exigeante, des vigneronnes qui ancrent la Provence Verte dans sa double tradition d’innovation et d’émotion. Dans les sillons qu’elles tracent, bourgeonnent demain de nouveaux visages, de nouveaux cépages, de nouvelles histoires à raconter.

Sources : Agreste, Chambre d’Agriculture du Var, Agence Bio, France 3 Région, Guide Hachette, France Bleu Provence, Femmes Vignes Rhône, site des domaines cités.

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